Bonne fête à toutes les mamans !!!

En ce jour spécial, nous en profitons pour continuer notre série d’interview des mamans de substitution du centre.
Aujourd’hui ce n’est pas une interview mais un article de notre Directrice, Christelle Colin, qui raconte sa rencontre avec Paco, arrivé en juin 2003 à l’âge de 3/4 ans.

Etre une maman de substitution – Ecrit par Christelle Colin le 10 mai 2014

—  » A chaque fois que l’arrivée d’un chimpanzé orphelin était annoncée, il y avait toujours cette foule de questions qui me venaient en tête afin que l’on soit prêt à l’accueillir. Quel âge a cet orphelin, quel est son passé, sera-t-il facile de le réintégrer à d’autres ?
Lorsque Paco est arrivé, fin juin 2003, c’était un peu la surprise car nous avions reçu très peu d’infos sur lui.

Voilà donc qu’arrive ce « petit » bout, saisi auprès d’un militaire à Conakry. Aucune idée de son histoire… pas si petit que cela, puisque l’examen de ses dents me révèle qu’il a au moins 3 à 4 ans. Un petit mâle tout pâle, émacié, anémié, un poignet cassé et les stigmates de sa capture encore visibles – de petits plombs incrustés sous sa peau un peu partout sur son corps… Il a peur de moi et des autres volontaires car il n’a jamais vu de blancs… je ne peux donc pas le prendre dans mes bras, il a peur. Il ne faut pas le forcer, mais lui montrer qu’il est enfin « chez lui », un nouveau « chez lui ».

J’arrive à l’installer tant bien que mal dans ma chambre – en tant que véto, les jeunes orphelins en quarantaine, malades ou qui arrivent restaient avec moi dans ma chambre la nuit, dans une petite cage confortable. Mais Paco ne connait pas ce qu’est une cage et refuse d’y rentrer. Que cela ne tienne, je lui installe un matelas et des doudous à coté de mon lit, mais je suis perplexe. Toute personne qui a travaillé avec de jeunes chimpanzés sait combien ils peuvent être turbulents et destructeurs… Pas Paco… Il s’installe sagement sur le matelas, attrape quelques doudous et se couche… Ce petit chimp a quelque chose de grave au fond des yeux. Une tristesse infinie, de la fatigue, mais en même temps je sens qu’il « comprend » qu’il est enfin arrivé dans un lieu « ami », qu’il est sauvé…

Il est fatigué et s’endort rapidement. Je le laisse, assez ébahie par cette résilience si rare… Je viens me coucher après notre diner et m’installe dans mon lit, sous la moustiquaire et m’endort rapidement. Vers minuit, un orage éclate. Ma chance. Le toit de nos cases en paille ne devient étanche qu’après une exposition plus ou moins régulière aux pluies. Les orages sporadiques déversent donc des trombes d’eau sur Dame Nature et sur nos pauvres toits, qui nous protègent tant bien que mal. Avec ma veine, plusieurs fuites commencent à inonder ma case et plusieurs tombent sur mon lit. Il est minuit, l’orage fait rage dehors et mon matelas est en train de se transformer en éponge… j’essaie donc de protéger mon lit avec quelques bouts de plastique quand j’entends de petites plaintes – j’avais complètement oublié le petit Paco dans mon état comateux ! Le pauvre a peur de l’orage et il s’approche craintivement de mon lit, en pleurnichant comme un vrai petit chimpanzé. Je lui dis de monter en écartant ma moustiquaire et il grimpe vite dans mon lit. Il se couche à mes pieds, tout contre moi…
Le reste de la nuit se passe paisiblement. Au matin Paco descend du lit, il sort de ma case et grimpe dans un arbre que les chimpanzés adorent, un Pterocarpus, et se met à manger de jeunes feuilles avec enthousiasme ! Premier signe que notre Paco connait un certain nombre de choses sur la forêt. Un bon signe qu’il n’a pas passé des années en captivité. Il me laisse gentiment le temps d’avaler rapidement un thé. Ce chimp est incroyable !
Ce mois de juin 2003, nous avions déjà récupéré 2 autres petites orphelines, Amina et Kyo, qui avaient rejoint Charlotte arrivée plus tôt cette année et beaucoup plus jeune que les autres. Paco est en fait le 3ième chimpanzé qui arrive en 1 mois… Il était donc décidé qu’il soit directement intégré au petit groupe de quarantaine.

La présentation aux petites se fait sans aucun problème. Nous n’avons même pas le temps de faire quoi que ce soit, Paco se précipite vers les petites dès qu’il les voit et prend délicatement Kyo dans ses bras et la sert tout contre lui, et fait pareil avec Amina et la petite Charlotte. Il est enfin parmi les siens et a (re)trouvé des sœurs d’infortune. Ces moments font chaud au cœur et sont encore gravés dans ma mémoire, plus de 10 ans après…

J’ai suivi de près l’évolution de Paco lors de ses premières semaines à nos côtés, passant au moins une demi-journée par jour en forêt chaque jour avec ce petit groupe. Il arrive parfois que des chimpanzés orphelins « s’effondrent » physiquement et psychologiquement lorsqu’ils arrivent dans un sanctuaire, car ils se sentent enfin en sécurité et se « laissent aller ». Les premières semaines sont donc cruciales et il faut surveiller attentivement les nouveaux rescapés.

Paco a passé presqu’une semaine à dormir et manger! Il a ri pour la première fois au 11ième jour avec nous, alors que j’essayais de la chatouiller gentiment. Son petit rire timide raisonne encore dans mes oreilles, comme un cadeau précieux qu’il m’a offert… Il m’a aussi laissé lui enlever 4 plombs sur ses bras, avec une simple anesthésie locale. Un chimpanzé au caractère incroyable…
Il m’a fait confiance et m’a accepté dans son groupe. Un cadeau immense. Paco m’a donné au fil des années des tas d’autres souvenirs précieux.
Il est aujourd’hui l’un des plus gros mâles de son groupe, une force de la nature. Et cela fait chaud au cœur de se dire qu’il en est là grâce à tout le travail accompli depuis ces années.  » —

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